Un fichier HTML de 713 Ko, ouvert dans n’importe quel navigateur, et vous avez un éditeur de présentations complet avec graphiques, transitions et mode présentateur. Nous l’avons débranché du réseau pour vérifier : il marche à l’identique. Une seule requête sort quand même, et elle mérite une phrase.
Bento tient dans une idée que tout le monde a eue et que personne
n’avait fabriquée : et si le document était le logiciel ? Vous téléchargez
Bento_Slides.bento.html, vous double-cliquez, et vous êtes dans un éditeur. Pas
d’installation, pas de compte, pas de serveur. Le dépôt nyblnet/bento
est sous licence MIT et porte 5 011 étoiles pour un projet ouvert le 17 juillet.
Nous avons pris la version 1.1.0, publiée à 1h35 ce matin. Elle avait été téléchargée 21 fois quand nous l’avons prise.
Ce que pèse le fichier
730 123 octets, soit 713 Kio. C’est le poids d’une photo de téléphone, et ça contient un logiciel entier. Il s’ouvre en 970 millisecondes, construit 2 339 éléments dans la page et affiche 21 diapositives de démonstration. Aucune erreur de console, aucune clé de stockage local utilisée.
Le fichier ne charge rien de l’extérieur : pas une balise script src, pas une feuille de
style distante. Le seul link est l’icône de l’onglet, écrite en clair dans l’adresse. Le
moteur, lui, est compressé en DEFLATE à l’intérieur du fichier, ce qui explique qu’on ne le
lise pas en ouvrant le HTML dans un éditeur de texte.

Détail que personne n’annonce et qui se remarque tout de suite : l’interface se met en français toute seule. Texte, Forme, Image, Médias, Tableau, Graphique, Code, Commentaire, et jusqu’à « Numéroter les diapositives masquées » dans le panneau de droite.
La promesse « rien ne quitte votre machine », mesurée
C’est l’argument central du projet, et c’est exactement la phrase que nous opposions à draw-your-font quand nous l’avons essayé. C’est donc le genre de promesse qu’il faut vérifier plutôt que recopier. Nous avons donc enregistré toutes les requêtes du navigateur, puis recommencé en coupant le réseau.
Une seule requête sort : un GET vers bento.page/releases/slides/manifest.json. Elle
n’a aucun corps, aucun paramètre, aucun identifiant. C’est une vérification de version,
et le projet la documente lui-même dans son fichier de sécurité.
Coupé du réseau, le fichier se comporte à l’identique : mêmes 21 diapositives, mêmes 2 339 éléments, même contenu au caractère près. La requête échoue proprement et rien ne casse.
Ce qui part quand même vers le serveur, c’est ce que porte n’importe quelle requête : votre adresse IP, l’heure, votre navigateur. Pas votre document. La promesse tient pour vos données ; à la lettre, le fichier dit bonjour à son éditeur chaque fois que vous l’ouvrez. Le projet annonce un mode hors ligne qui coupe cette vérification, et nous n’avons pas réussi à l’activer depuis l’interface pendant ce banc : nous ne pouvons donc pas vous dire qu’il fonctionne, seulement qu’il est promis.
Ce que ça sait faire, et ce que ça ne sait pas encore
Le site dit « suite bureautique ». C’est un éditeur de présentations. Le traitement de texte et le tableur sont annoncés, ils n’existent pas. Ce n’est pas un reproche au logiciel, c’est une correction à l’étiquette : ce que vous téléchargez aujourd’hui fait des diaporamas, très bien, et rien d’autre.
Ce qu’il fait vraiment, dans le fichier : des graphiques dessinés par un moteur maison sans dépendance, des transitions qui animent les éléments partageant le même identifiant d’une diapositive à l’autre, un mode présentateur, des commentaires, et une collaboration chiffrée de bout en bout dont les clés vivent dans le fichier plutôt que sur un serveur.
Le détail qui dit d’où ça vient
Le dépôt contient un CLAUDE.md de 51 490 octets et un AGENTS.md de 6 493 octets. Le
fichier lui-même renvoie les agents vers un guide d’écriture dédié, et le README revendique
« conçu pour l’IA » : le document est du JSON en clair, qu’un agent édite en place.
Autrement dit, ce logiciel est écrit avec des agents, et il est pensé pour être piloté par des agents. C’est une manière de travailler que nous connaissons bien, et le résultat est ici d’une propreté peu commune.
Notre avis
Prenez-le. C’est gratuit, c’est MIT, ça ne s’installe pas comme l’outil qui fabrique une police à partir de votre écriture, et le fichier que vous obtenez sera encore lisible dans dix ans par n’importe quel navigateur. Le format ouvert n’est pas un argument marketing ici : vos données sont du JSON dans le fichier, vous pouvez les lire.
Deux réserves honnêtes. Le projet a deux mois, 41 tickets sont ouverts, et rien de tout cela n’a l’ancienneté qu’on demande à un format de travail. Et le mot « suite » promet trois applications quand il y en a une.