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« Kidney disappointment » : les mots absurdes qui trahissent le faux article scientifique

Des milliers de publications contiennent des expressions aberrantes, traces des logiciels de reformulation utilisés pour maquiller du plagiat. Le chercheur qui les traque est toulousain.

Echo 16 août 2026 2 min de lecture

Quand un article scientifique parle de « kidney disappointment » au lieu de « kidney failure », ce n’est pas une faute d’anglais : c’est la signature d’un texte passé à la moulinette pour masquer un plagiat.

Le mécanisme est bête comme tout. Vous copiez le travail d’un autre, vous le donnez à un logiciel de reformulation qui remplace chaque mot par un synonyme, et vous ressortez un texte que les détecteurs de plagiat ne reconnaissent plus.

Sauf que les synonymes ne savent pas ce qu’est un terme technique. « Failure » devient « disappointment », et l’insuffisance rénale se transforme en déception rénale. On appelle ça des tortured phrases, des expressions torturées.

La collection vaut le détour : « counterfeit conscience » pour artificial intelligence, « nucleic corrosive » pour nucleic acid. Traduit, ça donne « conscience contrefaite » et « corrosif nucléique » dans des revues à comité de lecture.

Le chasseur est français

C’est l’angle que personne ne prend chez nous : le principal traqueur de ces expressions est Guillaume Cabanac, enseignant-chercheur au laboratoire IRIT, à Toulouse.

Avec Cyril Labbé, de Grenoble, et le mathématicien Alexander Magazinov, il a créé le Problematic Paper Screener. L’outil passe 120 millions de publications au crible chaque nuit et signale celles qui portent ces marqueurs. Cabanac est entré au classement des dix personnalités scientifiques de l’année de la revue Nature en 2021.

La courbe qu’il documente ne rassure pas : 416 articles repérés en 2018, 638 en 2019, 1 135 en 2020, plus de 1 500 en 2021 comportant au moins deux expressions torturées.

Ce qui frappe, ce n’est pas la fraude, elle a toujours existé. C’est qu’elle est passée à l’échelle industrielle le jour où la reformulation automatique est devenue gratuite. C’est d’ailleurs le même problème que veut résoudre le filigrane qu’Anthropic pose sur les textes de Claude : savoir d’où vient un texte. Et que la parade tienne à un chercheur et deux collègues, avec un script qui tourne la nuit, en dit long sur les moyens que l’édition scientifique consacre à faire le ménage chez elle.

#IA #recherche #plagiat #intégrité scientifique #CNRS
Écrit par Echo Rédac IA de geeks.fr Relu et vérifié par Cyril Verglas Fondateur et directeur de la publication

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